Les jardins d'Hélène
…

Le coeur entre les pages - Shelly King

10 Mai 2015, 14:34pm

| 

Publié par Laure

p. 38-39 : « Quand à huit ans j'ai annoncé que je voulais devenir bibliothécaire, ma mère a été horrifiée. Je voyais bien comment elle m'imaginait : en matrone avec des chaussures confortables et un chignon, vivant entre des piles d'ouvrages et regardant par-dessus ses lunettes avec une expression austère et dédaigneuse, ceux qui rapportaient les livres passée la date limite. Rien de ce que je pouvais dire ne parvenait à la convaincre que sa vision ne correspondait pas du tout à ce que serait mon avenir. Les bibliothécaires que je connaissais étaient des super-héros des données. Tels les explorateurs de l'Ancien Monde, ils naviguaient sur des océans d'informations non répertoriées, dessinant des cartes pour vous emmener n'importe où. Et ils étaient les gardiens des choses qu'oubliaient les autres, archivant les événements de la vie et les reconstituant. »

La petite trentaine, Maggie est licenciée d'ArGoNet Software, une start-up de la Silicon Valley. En attendant de retrouver un emploi, elle passe son temps à lire des romances dans une librairie de livres d'occasion, le Dragonfly Used Books.

Pour essayer de lui remettre le pied à l'étrier, son meilleur ami Dizzy l'introduit dans un club de lectures guindé mené par une riche entrepreneuse.

 

La lecture commune imposée ce jour-là est le roman de D.H. Lawrence : L'amant de Lady Chatterley. La même édition moderne est soumise aux participants, mais n'en déplaise à l'organisatrice et modératrice Avi, Maggie arrive avec sa propre version ancienne dénichée au Dragonfly.

 

Elle devait passer la nuit précédente à lire le roman, mais elle s'est surtout laissée emporter par une mystérieuse correspondance manuscrite découverte en marges, entre deux inconnus : Henry et Catherine.

 

Si le roman s'attache dès lors à tenter de découvrir qui furent ces mystérieux Henry et Catherine s'aimant par messages interposés, le récit prend bien d'autres voies au point d'oublier complètement ces deux prétendants (pour y revenir rapidement à la fin).

 

L'intrigue n'est donc pas tant de dénouer cette énigme (à la résolution d'ailleurs bien plate et décevante) que de dévoiler le caractère passionné de Maggie pour les livres, et de l'accompagner dans son cheminement personnel vers son accomplissement professionnel, tout en apaisant sa relation volcanique avec sa mère.

 

Ne vous attardez pas sur la jolie couverture et les oreilles en arrière du chat qui montre une contrariété imminente, ce n'est pas parce qu'il est question de livres et de chat qu'il faut immédiatement songer au bonheur au coin du feu, la pile à lire sur l'accoudoir du fauteuil et le matou ronronnant sur les genoux. Que nenni, pas de roman doudou comme j'ai pu le lire ici ou là, et le chat Grendel est une sale bête psychopathe qui n'a d'autre activité que d'écorcher tous ceux qui passent trop près de la rangée de livres sur laquelle il se serait installé. Gardien du Temple, mouais.

 

Pour moi le roman tient surtout à la personnalité de Maggie, au parcours semé d'embûches qu'elle traverse pour trouver sa voie et s'affirmer, aux personnages secondaires tout aussi délurés qui l'entourent, bien plus qu'à un quelconque amour des livres. Certes quelques titres sont cités, des romances historiques pour la plupart, mais qui ne sont pas parvenus à m'enthousiasmer. Le club lecture n'est que prétexte au départ, il ne devient pas un rendez-vous régulier. Le chat est utilisé à contre-emploi, et le débat grande chaîne de librairies / petit commerce indépendant est esquissé sans être entièrement le vrai sujet non plus. A vrai dire, ce Dragonfly, je n'aimerais pas le fréquenter, avec son patron et ses employés tous plus frappadingues l'un que l'autre.

 

J'ai trouvé le style bavard et s'éparpillant trop dans tous les sens, j'aurais préféré un récit plus sobre et tempéré, même si c'est ce style accolé à la personne de Maggie qui fait le sel du roman.

 

Le fait de le lire dans une « édition spéciale presse & libraires » n'a sans doute pas aidé, malgré sa belle couverture colorée, une appellation « épreuves non corrigées » eût été plus directe (et c'est ce qu'elle était en réalité) car bien des phrases m'ont agacée, celle-ci par exemple :

 

p. 290 « C 'est un super grand flot fumant de génialitude, poupée ! Pour toi aussi. Je n'aurais jamais pensé pouvoir trouver un projet comme celui-ci avec une entreprise de librairie. » [Hein??]

 

Et dans la version vendue en librairie, cette phrase est devenue :

p. 290 « C'est carrément super génial, poupée ! Pour toi aussi. Je n'aurais jamais pensé pouvoir trouver un projet comme celui-ci avec une chaîne de librairies » .

 

Je n'ai pas relu page par page et ligne par ligne la version définitive mais dès la première page les corrections sont notoires, l'ensemble a en effet été retravaillé. Ouf.

 

Il n'en reste pas moins que je suis un peu déçue, sans doute trompée par le pitch trop prometteur de la 4ème de couverture. Enjoué et exubérant, peut-être un peu trop, séduisant malgré tout, un bon roman détente pour les vacances l'été au bord de la piscine. Sans plus.

 

 

Préludes (un Label du Livre de Poche), mai 2015, 370 pages, prix : 14,60 €

Étoiles :

Crédit photo couverture : © studio LGF / Shutterstock/ éditions LGF – Préludes

 

Voir les commentaires

…

Le facteur émotif - Denis Thériault

8 Mai 2015, 12:18pm

| 

Publié par Laure

A 27 ans, Bilodo est un facteur solitaire à l'existence bien plate. Son plaisir, à cette époque numérique où les courriers personnels sont devenus rares, est de décacheter à la vapeur une correspondance régulière qu'il a remarquée, entre Ségolène, une guadeloupéenne qui écrit des haïkus, et Gaston Grandpré, un enseignant montréalais à la retraite.

Après s'être repu des poèmes le soir seul chez lui, il recolle et livre normalement le courrier le lendemain matin. Mais quand Gaston Grandpré se fait renverser par une voiture et meurt sous ses yeux, comment ne pas interrompre cette belle correspondance ?

 

Au premier abord, j'ai pensé que l'histoire était extrêmement banale. Mais au fil de ma lecture, je l'ai trouvée fort séduisante. Une délicatesse toute japonaise s'en échappe, dans une sérénité qui emporte le lecteur alors même que le personnage de Bilodo est dans un stress quasi permanent ! L'imposteur sera-t-il démasqué ?

C'est l'occasion aussi d'en apprendre davantage sur l'écriture du haïku, et d'observer notre héros s'y entraîner. Les haïkus qui se succèdent sur certaines pages, avec juste un changement de typographie, révèlent la correspondance de plus en plus érotique, et pourtant tout en retenue, de nos deux héros.

Mais peut-on aimer virtuellement ? Faut-il rêver sa vie plutôt que de la vivre ? Y a-t-il un esthétisme littéraire de l'amour ?

Une fin en forme de pirouette qui s'inscrit dans l'histoire japonaise du haïku, tout est séduction du début à la fin dans ce bref roman, j'ai beaucoup aimé !

 

(Nota : je m'interpelle sur la mention en page de titre : Texte révisé par Elisabeth Samama. Cela a -t-il consisté à gommer d'éventuels québécismes dans une édition française destinée à des lecteurs francophones européens ? Car ce roman de Denis Thériault, écrivain québécois, a d'abord paru en 2005 chez l'éditeur canadien XYZ où il a d'ailleurs remporté le prix littéraire Canada-Japon en 2006)

 

 

éd. Anne Carrière, avril 2015, 172 pages, prix : 16 €

Etoiles :

crédit photo couverture : © TsuneoYamashita / Getty Images / et éd. Anne Carrière

Voir les commentaires

…

Surprise brésilienne !

4 Mai 2015, 17:11pm

| 

Publié par Laure

Surprise brésilienne !

Au Salon du Livre de Paris il y a quelques semaines (le 23 mars 2015 précisément !), je mettais un bulletin dans une urne pour tenter de gagner une liseuse Kobo.

C'est pas comme si je n'étais pas déjà équipée hein, une Sony PRS-T1 toujours au top, fifille a une PRS-T2, au boulot on a des PRS-T3 (dommage que Sony ait décidé d'arrêter les liseuses), et une Kobo touch par la BDP, qui m'agace toujours autant avec le tactile que je trouve peu réactif par rapport aux Sony. Alors c'était sans doute dans l'idée de vouloir tester une Kobo dernière gamme.... J'ai dû faire pareil sur le stand de Pocketbook, et puis tout ça m'est sorti de l'esprit.

Et ce matin dans ma boite aux lettres, un colis : je suis l'heureuse gagnante d'un lot de 4 livres de littérature brésilienne. Offerts par la FNAC en partenariat vraisemblablement avec Gallimard.

Ce qu'il y a de génial dans l'histoire, c'est bien sûr de gagner quelque chose alors même que j'avais complètement oublié avoir participé à quoi que ce soit. Et vu le nombre de bulletins dans l'urne... Ravie d'être la provinciale rurale qui monte à la capitale une fois l'an et qui gagne ... :-p

Je peux bien l'avouer, je n'y connais rien de rien en littérature brésilienne. Je n'ai plus d'excuses à présent ! :-)

Voir les commentaires

…

Avril 2015 en couvertures ...

1 Mai 2015, 19:53pm

| 

Publié par Laure

En avril j'ai lu :

(l'image est cliquable et renvoie vers mon billet quand il y en a un), je vous fais grâce toutefois des albums et des courts romans jeunesse.

 

     

 

  

 

   

 

 

 

 

J'ai vu :

 

     

 

 

J'ai bravé les remarques de mes enfants effarés : "Mais maman, tu vas quand même pas aller à un concert pour vieux !!" (ben mes chers enfants, c'est vous qui avez 20 ans aujourd'hui, alors calculez le grand âge de vot'mère ^^)

 

Voir les commentaires

…

Venise n'est pas en Italie – Ivan Calbérac

26 Avril 2015, 15:53pm

| 

Publié par Laure

Émile, quinze ans, est un adolescent sensible et réservé. Un peu chahuté par ses parents aux lubies affirmées : sa mère par exemple, lui teint les cheveux en blond depuis qu'il a sept ans, parce qu'elle trouve que c'est mieux comme ça ; son père, quant à lui, n'a pas la langue dans sa poche, plutôt fier de ses boutades vertes et fleuries... Émile a du mal à assumer cette famille encombrante quand il connaît ses premiers émois pour une fille de son lycée, Pauline, issue d'un milieu social plus cossu que le sien.

 

L'aventure commence quand Pauline l'invite à le rejoindre à Venise pour les vacances de Pâques, où elle doit donner un concert à la Fenice avec son orchestre. Comment convaincre ses parents de le laisser partir ? Mais ceux-ci n'y voient aucun obstacle : ils partiront avec lui, en caravane, celle-là même dans laquelle ils vivent en attendant le permis de construire pour leur maison.

 

Début d'un voyage rocambolesque aux multiples péripéties (le frère, militaire en perm, est aussi du voyage), au cours duquel l'issue est en permanence compromise. Mais sans compter sur la ténacité familiale...

 

J'ai beaucoup aimé la fraîcheur du roman dans son début, la sensibilité d’Émile, son rapport à sa famille, la tendresse immanente, le caractère drôle et parfois burlesque du récit. C'est distrayant mais peut-être un peu léger au final, un classique roman d'initiation où c'est le premier amour qui inévitablement vous fait grandir et vous affirmer. Ce qui m'a gênée, c'est que je n'ai jamais eu l'impression qu’Émile avait 15 ans, j'aurais dit 10 ou 12 à la limite, ou alors 15 ans dans les années 60. D'ailleurs peu d'éléments permettent de dater le roman, il n'y a pas de téléphones portables ni de réseaux sociaux dans le paysage ;-)

 

Un roman sympathique qui m'a fait passer un bon moment.

 

p. 77 : « Le problème, quand on a honte de sa famille, c'est qu'en plus on a honte d'avoir honte. C'est quelque chose entre la double peine et le triple cafard. »

 

 

Flammarion, mars 2015, 283 pages, prix : 18 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © d'après une photo de Jill Ferry / Getty Images et éd. Flammarion

Voir les commentaires

…

Un été – Vincent Almendros

25 Avril 2015, 08:57am

| 

Publié par Laure

Pierre, le narrateur de ce court roman, est invité par son frère à passer quelques jours en mer sur son voilier. Jean est en couple avec Jeanne, Pierre vient avec sa compagne scandinave, Lone.

Dès le départ, et même avant, au point de rendez-vous, l’atmosphère est lourde, tendue. Le malaise est latent, ambiant, physiquement mais psychologiquement aussi pour les personnages.

Était-ce vraiment une bonne idée, ces quelques jours de vacances dans la promiscuité d'un espace réduit, quand on apprend que Jeanne est en fait l'ancienne compagne de Pierre ?


Étonnant huis-clos au large (pourtant) de la Méditerranée, sur un voilier qui n'offre que très peu d'espace intime, la tension est omniprésente, la chaleur étouffante, tout comme ce qui se joue entre les deux couples, les deux frères, Pierre et Jeanne... L’île de Capri (qui n'a pas alors en tête « c'est fini ») n'est-elle pas le signe de ce qui se joue, de ce qui s'est joué jadis ? Des objets anodins, et une casquette en particulier, prennent une importance dans la narration dépouillée, si l'on pressent ce qui se noue, on reste néanmoins saisi par la fin inattendue.

 

Un roman solaire qui en si peu de pages est un « grand roman » qui marque, oppressant, qui sous une lumière écrasante, révèle le plus intime d'un jeu de séduction inéluctable.

 

Minuit, janvier 2015, 94 pages, prix : 11,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. de Minuit

Voir les commentaires

…

En attendant demain – Nathacha Appanah

24 Avril 2015, 09:00am

| 

Publié par Laure

De Nathacha Appanah je gardais un bon souvenir (la noce d'Anna, lu il y a … 9 ans, merci ce blog, finalement rien n'est jamais mieux conservé qu'en ligne !) mais c'est le côté positif des réseaux sociaux qui m'a fait acheter son dernier roman : Jean-Philippe Blondel le conseillait vivement sur facebook, Charlotte l'Insatiable plussoyait, et ici en chronique radio). Finalement rien n'a changé, en 2006, c'est déjà Clarabel via son blog qui m'avait fait lire Appanah.

Bref...

 

L'histoire pourrait être simple et banale, elle se révèle magnifique de maîtrise, de précision et de finesse dans son écriture et sa construction romanesque.

 

Que s'est-il passé il y a quatre ans, cinq mois, et treize jours, pour que Laura, la fille d'Adam et Anita, soit aujourd'hui handicapée, qu'Adèle (qui est-elle?) ait perdu la vie, et qu'Adam soit depuis ce temps emprisonné ? Le roman nous le racontera, avec douceur et lucidité, tenant son lecteur en haleine jusqu'au bout.

 

Adam et Anita se sont rencontrés jeunes, se sentant comme deux étrangers dans le milieu qu'ils fréquentaient, elle la fille des îles à la peau « marron », lui le peintre en devenir. Il rêve d'être artiste, elle rêve d'écrire, il sera architecte et elle pigiste dans un journal régional. Ils auront une petite fille, Laura, vivront en province, et rencontreront une autre beauté perdue originaire de Maurice : Adèle, qui fera partie de la famille ou presque. Chacun avec ses rêves enfouis, ses blessures, va se confronter à une réalité plus banale, et douloureuse.

 

Ce qui frappe dans ce roman, outre l'écriture fine, précise, élégante et pourtant en apparence si simple, c'est la multiplicité des thèmes abordés. Des rêves artistiques à la réalité professionnelle, les compromis trouvés, la routine qui s'installe dans le couple, l'exil, la couleur de peau, les préjugés, la réalité quotidienne des sans-papiers, la richesse du roman est là, en filigrane.

 

Un très beau roman.

 

 

p. 124 : « Il y a autre chose que l'amitié entre ces deux femmes, il y a un pays, des images qu'il ne faut pas légender, des gestes qu'il ne faut pas décortiquer, la petite mémoire des enfances, la petite mémoire des pays qu'on quitte, quand le pain était comme ça, quand le ticket de bus avait cette couleur, quand on disait cette chose-là, quand on avait cette habitude-là, quand on mangeait ce fruit-là. »

p. 155 : « à quel moment les choses qui lui avaient plu chez Anita ont-elles commencé à le lasser ? »

 

Gallimard, février 2015, 190 pages, prix : 17,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Gallimard

Voir les commentaires

…

La vie est facile, ne t'inquiète pas – Agnès Martin-Lugand

23 Avril 2015, 11:03am

| 

Publié par Laure

Si j'avais été plutôt bon public avec le tome 1 (Les gens heureux lisent et boivent du café), je suis nettement plus agacée par cette suite. (Il est possible de la lire indépendamment, mais l'intérêt est bel et bien de retrouver les personnages du tome 1!)

 

Au début de ce tome 2, Diane est donc rentrée à Paris, a racheté son café à ses parents et a fait une nouvelle rencontre, un homme tendre et attentionné, Olivier, avec qui elle semble enfin apaisée.

Mais bien évidemment l'Irlande et le bel Edward vont réapparaître dans le décor.

 

Je dis stop, car ce qui était un roman sentimental dans le tome 1 devient ici un sirop collant où le mélo déborde à chaque page, où tout est « trop » : trop beau, trop triste, trop prévisible, trop artificiel, trop facile, trop happy end. Le lecteur a constamment une longueur d'avance sur le texte, une phrase et hop, vous devinez ce qui va se passer (même l'apparition d'un Declan dans le paysage, la trame est transparente et dès lors, vous savez la fin)

 

J'avoue ne pas comprendre le titre : la vie est facile, ne t'inquiète pas ; ah ben oui, c'est sûr que dans un tel roman, la vie est si simple qu'on se demande pourquoi on s'acharne à la vivre autrement. Il suffit d'y croire. Hum.

 

Michel Lafon, avril 2015, 317 pages, prix : 16,95 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : éd. Michel Lafon

Voir les commentaires

…

Les gens heureux lisent et boivent du café – Agnès Martin-Lugand

18 Avril 2015, 10:44am

| 

Publié par Laure

Depuis la mort accidentelle de son mari Colin et de Clara, sa fille de 5 ans, Diane ne quitte plus son lit, ses larmes et sa douleur. Elle se terre chez elle et ne met plus les pieds dans le café littéraire qu’elle a monté : « les gens heureux lisent et boivent du café ». Son ami et employé  Félix, un gay plus enthousiaste à l’idée de sortir et de flirter que de travailler continue de la secouer, en vain. C’est le 1er anniversaire de leur mort et Diane refuse de se rendre au cimetière.

Elle n’en prendra pas moins la décision de fuir en Irlande, un coin paumé qui devrait lui permettre d’oublier, loin de tous ceux qui restent.

 

À partir de là, je vous laisse imaginer tous les beaux clichés : l’Irlandais ténébreux bâti comme un rugbymen au caractère de chien, à l’amour à la haine, le gentil couple de parents de substitution, la méchante mégère qui débarque, les amours contrariées, les paysages sauvages qui lavent à grandes eaux tous les malheurs…, le tout (devrait être) sponsorisé par les manufactures de tabac et les brûleurs de café, au vu de la consommation gargantuesque qui en est faite.

 

Je situerais cela quelque part entre Anna Gavalda pour les bons sentiments, Marc Levy pour la facilité d’écriture et la trame cousue de fil blanc, et Harlequin pour le roman sentimental qui fait vibrer le petit cœur tout mou de la lectrice.

 

L’avantage, c’est que ça se lit très vite, sans déplaisir, la petite douceur qu’on s’offre le temps d’une soirée sous la couette ou d’un après-midi sous le parasol.

 

La suite parait le 23 avril 2015, sous le titre La vie est facile, ne t’inquiète pas, chez Michel Lafon. A vous de voir, donc.

 

 

Michel Lafon, juin 2013, 256 pages, prix : 14,95 €

En poche chez Pocket, juin 2014, 186 pages, prix : 6,20 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Paolo Puzzimenti et éd. Michel Lafon

Voir les commentaires

…

L’immeuble qui avait le vertige – Coline Pierré

17 Avril 2015, 14:17pm

| 

Publié par Laure

Illustration de couverture : Loïc Froissart

 

Hannah emménage avec ses parents et son petit frère dans un nouvel immeuble. Une bien belle construction offrant tous les services : salle de sport, crèche, bibliothèque, ciné-club, salle de jeux et salle de musique, et que le maire a baptisé « Hector », du nom de son chien récemment décédé.

Hannah découvre son nouvel univers et monte jardiner sur le toit (le rêve, vraiment, cet immeuble !) quand soudain l’immeuble se met à trembler, et des objets volent par les fenêtres pour s’écraser au sol. Les spécialistes des séismes et de l’immobilier se succèdent : tout est normal, personne ne comprend les raisons de ces vibrations répétées et de plus en plus violentes.

Hannah, elle-même sujette au vertige, se prend à imaginer qu’Hector souffre lui aussi de vertige du haut de ses vingt étages. Avec une psychologue, Louise, elle va s’attacher à le guérir de ses troubles…

 

Amateurs de récits de vie réalistes, vous risquez d’être déçus, en revanche, si vous acceptez un brin de fantaisie, ce petit roman pour les 9-12 ans est empli de douceur et d’une tendre imagination. Comme un être humain, Hector respire et bruisse, et c’est avec attention et persévérance qu’Hannah et Louise lui redonneront goût à une vie plus sereine et plus stable.

 

Accordons un peu plus d’attention à l’autre, redessinons les villes autrement, regardons nos voisins, dénonçons la mégalomanie des élus avec humour, et écoutons nos cœurs  …

 

Un roman un peu fou parfait pour les enfants rêveurs !

 

p. 43 : « Tous s’inquiétaient pour leur immeuble. Heureusement, les architectes et le maire ne voulaient pas non plus qu’on touche à leur œuvre. Le maire finit par dire :

- Il s’y habituera, c’est un caprice. Le vertige n’est pas une maladie, c’est de la sensiblerie. On n’a jamais vu un immeuble refuser son identité d’immeuble. Regardez la Tour Montparnasse à Paris, l’Empire State Building à New-York, le Burj Khalifa à Dubaï, ils sont bien plus hauts qu’Hector et ne se plaignent pas.

            Mais Hannah savait bien que le vertige n’était pas un caprice. Aucune peur n’était un caprice. Tout le monde connaissait la phobie du maire pour les lapins (ils étaient interdits en ville) et il n’aurait sans doute pas aimé qu’on le dise capricieux. Hannah prit une décision. S’il refusait de chercher une solution, elle le ferait à sa place. »

 

(Je découvre sur la présentation éditeur que l’auteur a grandi en Alsace, vécu à Paris, et habite aujourd’hui à Nantes. Moi tout pareil (sauf pour Nantes, j’en suis à 2 petites heures, mais toujours en Pays de la Loire – et accessoirement j’ai 15 ans de plus, mais chut)).

 

Autre titre de Coline Pierré sur le blog : Apprendre à ronronner

 

Rouergue, Coll. Dacodac, avril 2015, 76 pages, prix : 7 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Loïc Froissart et éd. du Rouergue.

Voir les commentaires