Les jardins d'Hélène

Les yeux secs - Arnaud Cathrine

11 Janvier 2015, 16:24pm

Publié par Laure

Dans un pays indéfini, une guerre civile. Une milice traque et assassine toutes les personnes dont les noms sont sur sa liste. « On leur dit de ne pas regarder le visage des victimes et d'obéir sans état d’âme aux ordres de tir de leur chef »

 

Odell et Hamjha sont frère et sœur, adolescents, et leur seul moyen d'échapper à la tuerie générale est de feindre la mort en s'allongeant sur les corps sans vie de leurs parents, dans le hall d'entrée de leur maison. Mais combien de temps pourront-ils tenir ainsi, dans cette horreur pure ?

Survivront-ils ? Peuvent-ils faire confiance à leurs voisins ?

 

Le récit est aussi bref que la narration est épurée et glaçante. Une histoire courte sur la peur, le courage, le renoncement, l'espoir, la dénonciation, la terreur qu'engendre la guerre. Un texte qui saisit le lecteur qui ne peut le lâcher avant de connaître le dénouement, aussi éprouvant soit-il.

 

Les yeux secs est le premier roman d'Arnaud Cathrine, qui avait 25 ans au moment de sa publication.

 

 

J'ai Lu – coll. Nouvelle Génération, n°5155, février 1999, 122 pages, prix : 3,70 €

Première publication chez Verticales en 1998.

Etoiles :

Crédit photo couverture © Pierre Mornet et éd. J'ai Lu

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À la vie, à la mort ! - Celia Bryce

11 Janvier 2015, 12:18pm

Publié par Laure

Traduit de l'anglais par Valérie Dayre

 

Je n’ai pas lu Nos étoiles contraires (ni vu le film), aussi je n’y ferai pas allusion. Pour autant, il y avait déjà l’excellent Dieu me déteste de Hollis Seamon, et là forcément, la comparaison va être rude. Car à la vie à la mort n’en est qu’une vague pâle copie, quelques variantes, mais il va falloir s’y faire, après la chick-lit (Bridget Jones et ses amies), la bit-lit (twilight et consorts), on a désormais la sick-lit.
Prenez des ados cancéreux en phase terminale (oui la vie est mal faite), mettez les ensemble et vogue le premier « je t’aime moi non plus ».

Ici, Megan a une tumeur au cerveau. Ce qui l’horripile, ce n’est pas tout d’abord l’injustice et la peur de sa maladie, mais le fait d’être hospitalisée dans un service d’oncologie pédiatrique où les autres malades ont rarement plus de 8 ans. Exception à la règle, le jeune Jackson, 16-17 ans à la louche, et pas la langue dans sa poche. Il va mettre un peu de vie dans le service, embarquer Megan dans quelques sorties non autorisées (tout pareil que Dieu me déteste) (mais jamais bien loin) et la vie étant une sale garce, ça ne finira pas forcément bien. Donc, du déjà lu, la saveur et le piquant en moins.


Une fin un peu mièvre, il me tardait d’en finir.


Et si vraiment le sujet mérite le détour, il y a l’excellente série BD « Boule à zéro ». Préférez toujours l’original à la copie.

 

Albin Michel, coll.Wiz, janvier 2015, 259 pages, prix : 13.90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Albin Michel

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Un hiver à Paris - Jean-Philippe Blondel

5 Janvier 2015, 19:00pm

Publié par Laure

 

(oups, je précise s'il était besoin, que j'ai pris cette photo avant de lire le roman, et qu'il y avait encore sur la table du réveillon quelques cadeaux égarés, l'étudiante en médecine de la maison a laissé un squelette qui a bien animé nos soirées, il ne s'agit en aucun cas d'une mise en scène macabre du roman, je réalise après coup que cela pourrait être interprété comme étant de très mauvais goût. J'aurais mieux fait de continuer à piquer mes photos de couv sur a***)

 

 

Un hiver à Paris est le premier roman que je lis en ce début d'année 2015. Pas le premier que j'ai commencé, mais le premier que j'ai achevé.

Je suis une fidèle des romans de Jean-Philippe Blondel, la faute au web 2.0 sans doute, depuis le début des années 2000 où la muraille entre auteurs et lecteurs s'est amenuisée et a facilité les échanges.

 

J'aime sa façon de décrire les sentiments intérieurs avec l'air de ne pas y toucher, et sa capacité à toucher à l'universalité à partir d'une intimité individuelle.

 

Victor est un étudiant en classe préparatoire littéraire à Paris. Après une première année chaotique et solitaire (provincial et d'une famille modeste, il n'a pas les codes sociaux et culturels de ces grands établissements élitistes et renommés), il commence sa khâgne, sans pour autant avoir l'ambition du St Graal qu'est la réussite au concours d'entrée à l'ENS.

Il commence enfin à échanger quelques mots et quelques cigarettes avec un camarade, Mathieu Lestaing, qui quelques jours plus tard, se suicide dans l'établissement. Dès lors tout va changer pour Victor : il devient « l'ami » du défunt et la curiosité et l'intérêt se tournent désormais vers lui. Il est invité à des soirées, et surtout, il répond à la demande du père de Mathieu, Patrick Lestaing, qui cherche à revivre par procuration les derniers moments de son fils, qui cherche dans un autre fils l'absence insupportable du sien. Étonnante relation qui va en déranger plus d'un, alors que tous deux semblent avoir besoin l'un de l'autre...

 

Malheureusement et en dépit d'un thème qui aurait pu me toucher, je n'ai pas réussi à avoir de l'empathie pour les personnages. Une lecture qui a glissé sur moi sans m'atteindre, sauf dans sa toute fin, bien sûr j'y ai relevé quelques beaux passages, mais c'est comme si le sort de Victor ne m'avait jamais vraiment concernée, alors que dans Et rester vivant par exemple, j'avais pleuré comme une madeleine tout du long alors que rien non plus ne ressemblait à ma propre vie ...

 

Néanmoins ce livre m'a touchée bien plus que je ne veux le croire, pas là où je l'attendais, mais dans sa fin qui remet en perspective l'ensemble du texte, Blondel n'est pas juste un raconteur d'histoire, au-delà, ce sont les 30 ans qui se sont écoulés entre cette année 1984 et cet aboutissement dans l'écriture romanesque aujourd'hui réalisée, de cette voie ouverte et saisie il y a 30 ans (ah la dissertation de concours!) à cette vérité : « C'est le propre du roman d'amener le lecteur à renoncer au sommeil » (p. 261). C'est le désir secret de tout lecteur, je crois.

 

Je garde la fin, précieuse, comme des pages à relire, même si ce titre-là n'est pas celui qui m'a fait passer une nuit blanche. Mais je perçois le tournant qu'il a été dans le destin de « Victor ».

 

 

Buchet-Chastel, janvier 2015, 267 pages, prix : 15 €

 

Crédit photo couverture © Michael Cogliantry / photonica Getty Images / et éd. Buchet-Chastel

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Vous parler de ça – Laurie Halse Anderson

3 Janvier 2015, 17:15pm

Publié par Laure

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie Chabin

 

C'est une de mes dernières lectures de l'année 2014, et j'en suis sortie déçue. J'avais découvert le label « La belle colère » avec Dieu me déteste et La Ballade d'Hester Day, malheureusement, je vais decrescendo dans mon appréciation de ces romans.

 

Dans celui-ci, Melinda Sodino, 14 ans, entre au lycée, mais elle n'est plus la même qu'avant les vacances d'été. Quelque chose de grave s'est produit, on ne sait pas quoi, mais une chose qui la rend impopulaire auprès de ses camarades qui l'évitent, et qui la rendent elle, mutique et dépressive, avec des résultats scolaires qui fondent comme neige au soleil, et un enfermement sur soi de plus en plus marqué.

 

Le début du roman est plutôt prenant, le lecteur souhaite percer le mystère et écouter ce que cette jeune fille a à dire. Des pistes un peu trop largement tracées (seul le professeur de dessin trouve grâce à ses yeux, et l'on se doute bien que c'est par lui que viendra la rédemption), mais vers le milieu, ça patine, ça tourne en rond, ça n'avance plus, on se lasse. On a deviné ce que le « ça » voulait dire (d'autant qu'il est explicité dans la plupart des critiques en ligne, plus vraiment d'intérêt, sinon à découvrir le cheminement de l'adolescente), mais Dieu que c'est long...

 

Soit l'ouvrage est autobiographique et même des années après se veut thérapeutique (bon, pourquoi pas) soit il est simplement bien longuet avant de pouvoir appeler un chat un chat et c'est dommage. Étonnantes (absences de) réactions parentales et professorales, l'adolescence a bon dos quand il s'agit d'apathie, mais l'on peine à croire cet enfoncement sans même une réaction de la mère...

Bref, j'ai été déçue par cet opus, mais peut-être touchera-t-il davantage un lectorat adolescent, car le ton en revanche me semble adéquat à cette tranche d'âge.

 

 

La belle colère, octobre 2014, 298 pages, prix : 19 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. La Belle Colère

 

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Flamme, flemme, hhmm ?

31 Décembre 2014, 14:33pm

Publié par Laure

(Couronne de l'avent 2014, photo : Mosquito)

(Couronne de l'avent 2014, photo : Mosquito)

Bon, soyons honnêtes, je ne suis plus tout à fait là.

9 ans de blog dans quelques semaines, ça use sans doute.

Et puis l'année 2014 a été éprouvante à bien des points, professionnels, notamment, fusion de collectivités, nouveaux élus, nouvelle direction, bon, passons. Je me suis épuisée pour beaucoup de déceptions. 2015 sera éprouvante pour les mêmes raisons et d'autres encore, je ne vais pas m'y étendre.

 

J'aimerais retrouver la flamme, celle du temps pour lire, mais c'est surtout la flemme qui s'abat ici. J'avais rouvert mon tableau Excel pour vous faire le bilan annuel livresque, et je ne sais pas ce que j'ai m...douillé, j'en ai perdu une bonne partie. Bon tant pis, va falloir me croire sur parole.

 

J'ai lu 98 livres (contre 131 en 2013), qui si je les avais achetés, papier et numérique confondus, m'auraient coûté 1453,22 €.

Mais par la magie des bibliothèques publiques, des cadeaux des amis et enfants, de quelques services de presse, je les ai tous lus gratuitement. (ou presque, j'ai dû faire un ou deux achats d'occasion). ça n'a en rien diminué la PAL (spéciale dédicace à Gwendal pour son édito de Page des libraires de décembre) de 1500 livres qui attend sagement en prenant la poussière qu'un jour, dans 32 ans, je sois à la retraite (cherchez pas, ayant commencé à travailler tard, j'en prends en théorie jusqu'à 74 ans.)

 

Bon bref, qu'est-ce que je disais. Ah oui, le top de l'année, mes coups de coeur à moi, toussa toussa. Euh, ça intéresse quelqu'un ? Surtout que je n'ai commenté au mieux que les deux tiers de ce que j'ai lu. (et qu'au vu des stats, y a que les gels douches terminés qui vous motivent :-))

 

Je ne suis pas allée jusqu'à compter le nombre de pages (parce que je me serais endormie avant de flinguer le tableau Excel) mais pour vous amuser quand même, j'ai lu : 21 romans français, 13 romans étrangers, 19 BD adultes, 6 BD jeunesse, 15 romans ados, une dizaine de romans jeunesse, 5 essais / doc, 4 mangas, 3 polars, 2 recueils de nouvelles, et 1 raton laveur.

 

J'ai aimé, admiré, frappé des mains et pas tari d'éloges pour :

 

 

En BD :

  • Abaddon (2 vol.), de Koren Shadmi (Ici même, 2013)
  • Un océan d'amour, de Lupano et Panaccione (Delcourt, 2014)

 

 

 

Flamme, flemme, hhmm ?Flamme, flemme, hhmm ?Flamme, flemme, hhmm ?
Flamme, flemme, hhmm ?Flamme, flemme, hhmm ?Flamme, flemme, hhmm ?
Flamme, flemme, hhmm ?Flamme, flemme, hhmm ?Flamme, flemme, hhmm ?

Allez, bande de lecteurs, je vous souhaite le meilleur pour 2015, d'aimer vos libraires et bibliothécaires, et de vivre vos rêves au mieux.

Je vais essayer de faire comme Mosquito, regarder droit devant, le poney, y a que ça de vrai. (C'est pas moi k'a commencé, c'est Gwendal)

 

Bon réveillon et bon nouvel an !

(Mosquito, alias ma petite dernière, sur Marguerite, double ponette Haflinger, CSO Vallon-Juigné, sept. 2014)

(Mosquito, alias ma petite dernière, sur Marguerite, double ponette Haflinger, CSO Vallon-Juigné, sept. 2014)

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Un océan d'amour – Wilfrid Lupano (scénario) et Grégory Panaccione (ill.)

31 Décembre 2014, 08:53am

Publié par Laure

Un océan d'amour pour finir l'année en beauté :-)

 

 

224 pages sans un seul mot écrit, et pourtant, quelle richesse, quels détails, messages et sourires dans le scénario ! Bien sûr il y a aussi tout l'art et les couleurs du dessin de Panaccione pour rendre expressifs tous les personnages (même les mouettes) et toutes les situations.

 

Comme tous les matins, monsieur, tout petit et bigleux à grosses lunettes, s'apprête à partir en mer sur son vieux rafiot de pêche, après avoir mangé la galette garnie de sa robuste et massive bigoudène de femme, et embarqué sa cargaison de sardines en boites pour manger dans la journée. Mais ce soir-là au port, il ne rentre pas.

 

Son petit bateau a été emporté dans les filets d' un grand chalutier, et il lutte avec son compagnon de pêche pour sortir de ses mailles. Mais que peut le petit face au mastodonte, sur un océan démonté ? Pour les femmes c'en est fait : Madame est sans doute veuve. Mais si la voyante lit dans les crêpes que Monsieur est à Cuba, alors Madame met toutes ses économies dans un billet de croisière pour retrouver son homme, il faut ce qu'il faut.

 

Le lecteur suit en parallèle les aventures du couple qui cherche l'un à rentrer chez lui, l'autre à retrouver son époux, dans un chassé-croisé sacrément agité. On sourit ou on rit franchement à toutes les aventures de Madame (qui découvre le tourisme de masse et la malbouffe sur un navire de croisière et donne quelques savoureuses leçons au passage) et on espère avec Monsieur que la météo va lui être enfin favorable. Que d'aventures, que de rebondissements !

Avec quelques messages au passage, sur le tombeau d'ordures que sont devenus les océans, le dégazage en mer, etc.

Jamais plus vous ne regarderez une boite de sardines et une mouette de la même façon, cette mouette qui s'incruste (et rappelle celle de Gaston Lagaffe) mais qui fait sourire !

 

Et si d'ordinaire je ne lis jamais les 4èmes de couverture, là j'ai fait une exception, d'abord parce que c'est le seul texte du livre, mais surtout parce que c'est un chef-d’œuvre d'humour et d'art à elle toute seule.

LA BD de l'année, assurément. (enfin pour moi du moins!) Et dire qu'il y a encore des parents, que j'observe et entends à la bibliothèque où je travaille, qui disent à leurs enfants (pourtant dans les bacs d'albums pour enfants) : « non prends pas ça y a rien à lire !» Si vous saviez au contraire ce qu'il y a lire dans un album sans texte...

 

 

Delcourt, coll. Mirages, octobre 2014, 224 pages, prix : 24,95 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Grégory Panaccione et éd. Delcourt

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Le Puits - Ivan Repila

30 Décembre 2014, 19:36pm

Publié par Laure

Traduit de l'espagnol par Margot Nguyen Béraud.

 

Deux enfants dont on ignore tout, sinon qu'ils sont appelés le Grand et le Petit, sont tombés au fond d'un puits de terre profond dont ils ne peuvent sortir. Ils ont avec eux un sac de nourriture mais le Grand interdit au Petit d'y toucher, car il était destiné à leur mère. Ils vont lutter coûte que coûte pour sortir, se nourrir de vers et de racines, faire de l'exercice pour garder des muscles, survivre. Le lecteur assiste impuissant à leur déchéance, tant physique que psychique, et même si le texte est court, une centaine de pages, il est bien souvent éprouvant.

 

Mais dès lors qu'on a commencé, on ne peut plus s'arrêter. Vont-ils réussir à sortir ? Tous les deux ?Comment ? Pourquoi sont-ils là ? Quelle force dans cet amour fraternel ! Si le malaise va croissant, force est de reconnaître que les phrases sont saisissantes, parfaitement travaillées, en tout cas dans une traduction superbement rendue.

Si l'histoire dramatique et sa fin percutante sont à elles seules effroyables, on ne peut s'empêcher d'y chercher une allégorie. Qu'a voulu représenter l'auteur ? Les pauvres rejetés à l'écart de la société, les riches qui ferment les yeux ? Une exhortation à la lutte permanente, aux droits de tous et de chacun ? (p . 107 « (…) abattre ces murs qui nous ont fait taire – réinvestir les lieux, reprendre la parole. » )

 

Un texte qui en tous les cas ne laisse pas indifférent et invite sans cesse à se questionner. Dérangeant, mais efficace.

 

A noter, les numéros de chapitres, qui omettent beaucoup de chiffres : 2,3,5,7,11, ...83, 89, 97 le nombre de jours dans le puits ?

 

 

 

Denoël, octobre 2014, 109 pages, prix : 11 €

Etoiles :

crédit photo couverture : © Raphaëlle Faguer et éd. Denoël.

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Ce n'est pas toi que j'attendais - Fabien Toulmé

28 Décembre 2014, 14:21pm

Publié par Laure

L'auteur vit au Brésil avec sa femme Patricia, et leur petite fille Louise. Une nouvelle grossesse s'annonce. D'emblée pour le futur papa rôde le spectre obsessionnel d'une éventuelle trisomie 21. Mais non, tout va bien, les échographies sont rassurantes, et les différents médecins tout autant. Car c'est aussi le moment qu'a choisi le couple pour revenir en France. Quand la petite Julia naît, son père la trouve « différente », persuadé qu'elle est trisomique. « Mais pourquoi dites-vous cela ? Mais non, tout va bien ». Mais la distance s'est déjà installée, il ne peut aller spontanément vers son enfant. Il faudra quelques jours et la découverte d'une malformation cardiaque pour mettre au jour le diagnostic. Julia est trisomique, en dépit des échographies « normales ».

Dès lors c'est son sentiment intérieur que nous livre l'auteur, le rejet, la colère, la peur, les larmes, l'acceptation, le chemin sinueux de l'attachement à cette petite fille. Plus que l'anomalie génétique, qui est expliquée en quelques planches lors d'une consultation chez une généticienne, c'est tout le parcours du couple, et plus particulièrement du père, qui est décrit sans fard mais avec pudeur, pour parvenir à aimer enfin cette petite fille.

 

Un récit autobiographique bien construit (du souvenir d'enfance d'un de ses petits camarades se moquant d'un petit mongolien derrière un grillage à l'anecdote – pas si anodine - des ouvriers dans le centre d'action médico-social de nos jours, c'est tout le regard sur le handicap qui est décrit, et ses blessures), qui dévoile le parcours à obstacles d'un père pour aimer sa petite «différente », et si l'avenir n'est pas tracé, elle est encore jeune et nul ne saura ce qu'elle deviendra, nul doute que son présent et les fondations de sa vie sont bien assises : l'amour n'est pas feint dans cette histoire !

 

Un roman graphique sincère et précieux.

 

« Ce n'est pas toi que j'attendais... mais je suis quand même content que tu sois venue. »

 

le blog de l'auteur : fabien-t.blogspot.com

 

Delcourt, octobre 2014, 243 pages, prix : 18,95 €

(mise en couleurs de Mista Blatte)

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Fabien Toulmé et éd. Delcourt

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Les vieux fourneaux – Wilfrid Lupano (scénario) et Paul Cauuet (illustrations)

27 Décembre 2014, 18:50pm

Publié par Laure

(2 tomes parus à ce jour)

 

Tome 1 : ceux qui restent.

 

C'est à l'enterrement de Lucette que les trois amis désormais septuagénaires se retrouvent : Mimile, Pierrot, et Antoine. Mais lorsqu'Antoine découvre chez le notaire que sa Lucette avait un secret lié à leur ancien employeur, le patron du laboratoire Garan-Servier, il pète les plombs et décide d'aller régler ses comptes au vieil homme qui vit en Toscane. Mais il y a aussi Sophie, leur petite-fille, qui a repris la camionnette et les spectacles de marionnettes de Lucette (et le nom de troupe « le loup en slip »!), Sophie qui est enceinte de 7 mois mais il n'y a pas pas de papa à l'horizon, et qui ne peut pas les laisser partir comme ça, ils vont faire des bêtises !

Un road trip déchaîné où la surprise sera au rendez-vous, mêlant subtilement le quotidien trivial de la vieillesse et le passé glorieux des trois amis, notamment celui de Pierrot, syndicaliste et activiste qui n'a jamais rien lâché, et les confrontations de générations avec Sophie qui n'en peut plus de ces vieux !

Regard tantôt doux et tendre tantôt acéré et percutant, les dialogues sont hauts en couleur et font franchement sourire. Les personnages ont une vraie « gueule », tant dans le dessin que dans leur histoire et leur manière d'être. Un vrai régal qui vous fait enchaîner direct avec le tome 2, car le final vous laisse en suspens sur le devenir de Sophie et de ce qu'elle a découvert...

 

p. 31 : « Hansel et Gretel, elle ne le faisait plus à la fin. 

- ah bon, pourquoi ?

- Plusieurs maires de la région n'achetaient plus le spectacle, car certaines associations se plaignaient qu'on utilise les budgets culturels pour un spectacle qui incitait les enfants à manger des sucreries. Ils réclamaient une application plus stricte du programme nutrition et santé, genre « cinq fruits et légumes par jour, et bouge ta couenne.

- Hahaha ! Les cons ! Hansel et Gretel avec une maison en brocolis et des fenêtres en navets ! Hahaha ! Monde de merde ! »

 

 

Tome 2 : Bonny and Pierrot

 

C'est bien involontairement que Sophie a ramené à l'esprit de Pierrot son amour de jeunesse : Ann Bonny. Il n'en démord pas, il la pensait morte, il veut à présent la retrouver. Plongée active dans son groupe « Ni yeux ni maitre », où l'on rencontre de drôles de personnages, comme une vieille hackeuse de 92 ans qui s'en prend au site internet de Nadine Morano, ou encore Jean-Chi, un vieux qui va littéralement pourrir un meeting de JF Copé par la seule force de ses intestins qu'il libère sur commande... En marge, la jeune Sophie qui élève seule son enfant, des scènes récurrentes à la boulangerie où acheter une baguette ordinaire relève du parcours du combattant (vous avez le choix entre trente six mille autres variétés de luxe, ça fait plus terroir, plus authentique, c'est surtout plus cher), un canon à moutons inventé par 3 gamins du coin, et le dernier spectacle écrit par Mimile et joué par Sophie qui en dit long sur ce que nous avons fait de notre Terre.

 

Des épisodes délirants qui en profitent pour piquer là où ça fait mal et dénoncer quelques travers du monde tel qu'il va. Des dialogues toujours aussi savoureux, des vieux aussi ronchons qu'attachants, on attend le tome 3 !

Ils sont tous fous, mais au fond, pas plus que nous. :-)

 

 

p. 16 : « Mais non Fanfan, c'est pas l'URSS, c'est un flux RSS. Rien à voir.

- Ah bon. Je préfère »

 

 

Dargaud, avril 2014 (tome 1), octobre 2014 (tome 2), 56 pages chaque, prix : 11,99 € chaque.

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Paul Cauuet et éd. Dargaud

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Au secours ! un fantôme farceur – Orianne Lallemand, et Roland Garrigue (ill.)

13 Décembre 2014, 15:55pm

Publié par Laure

Il y avait déjà le loup, l'ogre, le monstre gluant, la sorcière, il y a maintenant le fantôme (rose chewing-gum !)

 

Victor n'a peur de rien, et ce n'est pas un vieux château hanté plein de vieilles trappes et armoires qui va l'effrayer. Ah oui, vraiment ? Mais les squelettes dans les placards et les moustiques dans les vases, ça ne rassure pas vraiment ...

 

Un grand livre cartonné avec plein de volets à soulever, pour finir sur un pop-up qui plaît toujours, on ne se lasse pas du principe, et quand le livre est neuf, on manquerait presque des cachettes tant le trompe l’œil est réussi. (Après, une fois le pli marqué, plus de surprises pour trouver les volets à ouvrir)

 

Costaud à manipuler (ne s'arrache pas à la première petite main) le loupiot peut jouer à trembler pour de faux, "bas les pattes, tête de patate" (oui le vocabulaire n'est pas des plus académiques, mais rien de dramatique non plus :-) allez, on joue, quoi !)

 

Nathan, octobre 2014, prix : 14.90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Roland Garrigue et éd. Nathan.

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