Les jardins d'Hélène

Contrecoups – Nathan Filer

9 Octobre 2014, 13:50pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Philippe Mothe

 

Lauréat du prestigieux prix anglais Costa, Contrecoups est un premier roman de Nathan Filer. Page de titre au pluriel mais page de couverture encore très répandue au singulier sur le net, allez savoir laquelle est la bonne (l’éditeur semble avoir corrigé et mis celle au pluriel, celle des épreuves est au singulier), choisissons le titre original : The shock of the fall, et tout le monde est content.

 

Matthew est un jeune homme de 19 ans qui raconte à la première personne ce qu’il vit et a vécu ces dix dernières années. Il est perturbé, anxieux, déboussolé, et semble fortement marqué par le décès de son frère aîné. Au fil du texte, l’on comprend que Matthew est schizophrène, et le texte joue sur la police d’impression pour nous faire entrer dans la tête du narrateur dans les moments de maladie. C’est un repère, mais ce n’est pas forcément nécessaire, ces passages suivant toujours un arrêt de médicaments, une rechute, etc. Ce qui fonctionne bien, c’est le côté journal, on est pris et curieux de connaître le déroulement de l’histoire, de reconstituer le passé, et de savoir comment Matthew va s’en sortir. Car si l’on perçoit bien la culpabilité de Matthew et le lien avec la mort de son frère, on ne sait pas bien quel fut exactement son rôle, et c’est aussi vers ce dénouement que l’on file.

 

Intéressant, mais pas extraordinaire. Je peine à comprendre les louanges lues sur ce livre (le personnage ne m’a pas émue) et regrette qu’au final la maladie ne soit pas davantage explicitée ou décrite. On est supposé la découvrir de l’intérieur par la plume de Matthew qui lui-même exprime ses démons par l’écriture et le dessin, mais impossible de voir en quoi vraiment ce texte traite bien de la schizophrénie et non pas d’une autre maladie. C’est dommage, car je trouve le sujet plutôt intéressant. De même quelques longueurs font traîner un peu trop le récit.

 

Michel Lafon, août 2014, 349 pages, prix : 19.95 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Michel Lafon

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C'est quand le goûter ? - Benoît Charlat

3 Octobre 2014, 15:28pm

Publié par Laure

C'est l'anniversaire de Dodo (Dodo est un dodo, vous savez, cet oiseau ancien de l'ile Maurice), qui attend ses copains pour le goûter. D'ailleurs, sa maman a rempli le frigo de bons gâteaux pour l'occasion. Ils sont beaux et appétissants, ces petits gâteaux (hop, on tire le volet de carton pour ouvrir la porte du frigo et les admirer) !
Mais la patience n'est pas la meilleure amie de Dodo : c'est quand le goûter ? c'est quand qu'ils arrivent les copains ? Maman a beau demander d'attendre, c'est long !

Le petit lecteur attentif et observateur remarquera au fil de l'histoire que le nombre de gâteaux diminue en même temps que les taches et les couleurs s'ajoutent sur le petit Dodo ! Et quand enfin arrivent les copains....

Un livre animé qui plait dès 18 mois / 2 ans, sur la gourmandise, la difficulté d'attendre pour un petit enfant, sur la durée du temps qui passe (pas assez vite !), et qui finit dans la joie et la bonne humeur :-) (avec une 4ème de couv qui nous montre un pauvre Dodo épuisé qui a un peu trop mangé !)

 

Testé et approuvé en séance bébés lecteurs ce matin, un p'tit garçon pourtant bien timide au départ qui revenait sans cesse pointer le frigo avec son doigt : "gato !" "encore gato" "a plu" "ahh gato" ! "un autre !!" (pour une autre histoire !)

 

Idéal aussi pour un petit cadeau d'anniversaire à un p'tit bout.

 


L'école des loisirs, coll. Loulou & Cie, mai 2014, prix : 10,50 €

Livre cartonné avec des volets à soulever.

Etoiles :

Crédit photo couverture : Benoît Charlat et l'école des Loisirs

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Je rachète ou pas ? (les cosmétiques du mois # septembre 2014)

30 Septembre 2014, 14:59pm

Publié par Laure

Je rachète ou pas ? (les cosmétiques du mois # septembre 2014)

Une véritable hécatombe de produits ce mois-ci : 14 flacons et tubes vides ! Un exploit !

 

Curieusement, aucun gel douche, mais il faut dire que j'en ai plusieurs d'entamés dont un très gros flacon familial, patience ....

 

Donc passons direct aux déo : un Rexona coton ultra dry 48h, déjà aperçu par ici, mais cette fois dans sa version compressée. Je ne sais pas si c'est une idée ou quoi, mais j'ai eu l'impression de m'asphyxier avec dans la salle de bain le matin beaucoup plus qu'avec la formule grand format ? Ouverture de la fenêtre en grand obligatoire ! J'hésite donc à racheter pour cette raison-là, sinon il est très efficace et la taille compressée pratique en voyage ou dans le sac de sport.

 

Le déodorant physiologique 24 h de La Roche-Posay, spray 150 ml, peaux sensibles, sans sels d'aluminium, sans alcool, sans paraben. (environ 7,50 € en parapharmacie, 12,50 € en lot de 2) « Enrichi en Perlite ultra absorbante pour lutter contre l'humidité, Pidolate de Zinc pour neutraliser les odeurs et Allantoïne apaisante. » C'est la première fois que je l'achetais, je me suis méfiée, n'ai pas voulu prendre tout de suite le lot de 2, et bien j'aurais dû : il est vraiment top ! Efficace (surtout pour un sans sels d'aluminium), parfum neutre et discret, pas d'étouffement dans la salle de bain quand on le vaporise, pas de gratouille post épilation, il fait le job et le fait bien : j'en ai racheté un lot de 2 depuis !

 

Passons aux cheveux à présent avec le shampooing color-vive Elsève de l'Oréal : un classique pour cheveux colorés. Pas de passion particulière pour ce shampooing, il fait le job et semble protéger un peu la couleur (je ne fais que des tons sur tons). Comme je ne fais pas de couleur en continu, il peut trainer longtemps au bord de la douche, ce fut le cas de ce flacon, tout bouffé par le calcaire ;-)

Est-ce que je rachèterai ? Oui, probablement, mais là je viens de reprendre un John Frieda brillante brunette nutrition en promo:-)

 

Pour une fois, j'ai pensé à garder la boite de ma colo : Ton sur Ton Châtain Clair Doré, Eugène Color. A vrai dire j'alterne entre les tons sur tons sur mesure chez le coiffeur où il me bidouille un peu de ci et un peu de ça histoire d'améliorer mon banal châtain, et les produits de grande surface, mais toujours en colo de type 2, c'est-à-dire non permanente, qui s'estompe en 6-8 shampooings. Ainsi pas d'effet racine, et pour mes cheveux blancs, ça suffit pour le moment. Sur le kilomètre (oui j'exagère) de rayon colorations à Auchan, on trouve très peu de tons sur tons non permanents, 2 marques à vrai dire, et celle-ci a le mérite de n'être pas chère du tout (5,60 € la boite). J'alterne aussi les teintes, entre le châtain et le châtain clair doré ou marron glacé, selon l'humeur et la saison. Je rachèterai.

 

 

Les nettoyants et démaquillants visage :

 

un gel nettoyant visage déjà aperçu pas mal de fois ici puisque je le rachète régulièrement et je continuerai sans doute : le gel nettoyant fraîcheur hydra végétal d'Yves Rocher, pas très cher avec une promo sous le coude. Un seul défaut peut-être : l'ouverture est telle qu'on a tendance à en utiliser trop si on ne fait pas attention. Idéal le matin sous la douche.

 

Le démaquillant douceur yeux de la marque Auchan : pas vraiment glamour mais efficace sur les maquillages légers ou moyens, donc inutile de dépenser plus. Je le rachète de temps en temps même si je lui préfère celui d'Yves Rocher au bleuet.

 

La lotion micellaire d'Avène pour peaux sensibles, en gros flacon de 400 ml. Les lotions micellaires sont parfaites pour les soirs de flemme tout en démaquillant très bien. C'était pour changer de la Créaline H2O de Bioderma, mais chez Avène à vrai dire j'ai préféré celle de la gamme Cleanance pour peaux jeunes et à problèmes, que je trouvais plus efficace du premier coup. Je la rachète toujours pour mes filles, du coup je vais peut-être leur piquer à nouveau plutôt que de racheter celle-ci.

 

La lotion tonique aux 3 roses de Nuxe, en flacon de 200 ml. Elle accompagne en fait mon démaquillage avec le lait de la même gamme, que j'ai en gros flacon de 400 ml, donc forcément, il dure plus longtemps. C'est marrant car j'ai tendance à trouver qu'elle sent un peu trop l'alcool, alors qu'elle est SANS alcool. Je l'avais achetée en lot à tout petit prix pour cette marque en vente privée, j'en ai encore en stock. Après j'aurai sûrement envie de varier mais elle reste dans mes valeurs sûres tout de même. Elle n'existe plus telle quelle mais a été remplacée par un équivalent dans la marque sous le nom désormais de « Lotion Tonique douce aux pétales de roses. »

 

La brume beauty by U, eau minérale aux extraits de thé blanc et de bambou, brumisateur de 100 ml, 0,99 €. C'est le prix qui m'avait fait craquer pour 2 flacons aux parfums différents. Je l'ai utilisé souvent après le démaquillage. Jusqu'à ce que je regarde la compo et que je voie que le 2ème ingrédient après l'eau est l'alcool, ça m'a un peu contrariée... Je ne rachèterai pas. Pour un brumisateur parfumé, je préfère Caudalie sans hésiter !

 

 

Le lait corps summer glow de Dove. C'est un lait hydratant ensoleillant, contenant un peu d'autobronzant. On obtient donc un effet très naturel et progressif au bout de quelques jours, puis on l'entretient à sa guise. Je n'utilise plus d'autobronzant seul depuis que j'ai découvert ce type de lait corporel. Celui de Dove est un des moins chers, ce que je reproche, c'est le flacon car il est impossible de finir le produit : assez épais (mais facile à appliquer), il ne coule pas (ou pas suffisamment) si on le met tête en bas (le bouchon est pourtant prévu pour), dommage, car sans découpage final, j'aurais perdu l'équivalent de 4 ou 5 jours de produit. Une formule ou un packaging à revoir sur ce point ?

 

 

Les soins visage :

dans la gamme Revitalift Laser x3 de L'Oréal, la crème de nuit  (autour de 17,50 € le pot de 50 ml): l'annonce d'une crème-masque est un peu déroutante (faut-il en appliquer une couche épaisse comme pour un masque?, non en fait comme une crème normale quoi) mais j'ai beaucoup aimé sa texture légère, qui ne graisse pas la peau comme la plupart des crèmes de nuit que je trouve toujours trop riches. Crème « élastique », on fait un trou si on plonge le doigt dans le pot, là où l'on prélève la crème, mais le lendemain la crème a retrouvé son équilibre plane dans le pot. Efficace ou pas, euh... j'ai quand même l'impression d'avoir une peau plus lisse au réveil avec que sans. Je préférerais un flacon-pompe ! Je rachèterai peut-être, ma préférée étant la Clarins, mais elle est beaucoup trop chère, celle-ci est donc une alternative intéressante.

 

Dans la même gamme, le soin contour des yeux « nouveau regard », autour de 17 € le tube de 15 ml avec applicateur de massage. L'embout applicateur est sympathique et ne blesse pas (contrairement à certaines billes roll-on à une époque) mais ce même embout assez inutile au final : il étale mais le produit se dépose aussi à lors du massage, il faut en tous les cas finir de faire pénétrer le produit à la main. Aucun effet visible sur les ridules. Je ne rachèterai pas (je préfère un packaging plus simple)

 

 

Un peu de maquillage, une fois n'est pas coutume, deux poudres que je traînais depuis euh... des années ?

 

Une poudre libre minérale (translucide, 10 ml) de chez Agnès B, que j'aimais beaucoup, mais dont le contenant boule m'a agacée de nombreuses fois : impossible à ranger, ça tombe tout le temps si on le bouscule, ça prend trop de place dans un vanity, etc. Le club des créateurs ayant fermé, la question du rachat ne se pose plus.

 

 

Une poudre compacte dream mat de gemey meabelline teinte « beige rosé ». Un poudrier un peu compliqué dans sa forme à ouvrir mais avec miroir et houppette intégrée, pratique pour le sac à main cette fois. Je ne sais pas si elle existe toujours, mais il doit bien avoir de nouveaux équivalents chez Gemey histoire de varier les plaisirs !

 

Rendez-vous le mois prochain :-)

 

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Qui veut le coeur d'Artie Show ? - Emmanuel Trédez

20 Septembre 2014, 11:06am

Publié par Laure

Comment se déclarer quand on est un amoureux timide, et qu’en plus, on a un véritable cœur d’artichaut, à tomber amoureux souvent dès le premier regard ? Le plus simple est peut-être d’écrire… Plusieurs filles de 5ème du collège Condorcet à Châtillon on reçu une lettre d’amour d’un certain Artie Show : quel est donc ce mystérieux serial lover ? Les élèves du club journal vont mener l’enquête.

 

Ce roman jeunesse a de multiples qualités : il joue énormément avec la langue et les styles : journal intime du jeune garçon amoureux, journal de presse des élèves (le petit Condor sait), et plusieurs formes littéraires dans les lettres d’Artie Show : l’acrostiche, le calligramme, la fable, sans oublier les jeux sur les mots. C’est ludique et instructif à la fois ! Et les élèves mènent une enquête quasi policière pour débusquer le mystérieux auteur de ces poèmes … Un roman frais, enjoué, vraiment plaisant.

 

(Dès 10 ans.)

 

Du même auteur : Hercule, attention travaux !

 

 

Nathan, avril 2014, 168 pages, prix : 5,20 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Glen Chapron et éd. Nathan.

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Polka et Hortense : la grande aventure – Astrid Desbordes et Marc Boutavant (ill.)

17 Septembre 2014, 10:42am

Publié par Laure

Ah les illustrations de Marc Boutavant, quel bonheur ! Un an après la sortie de Edmond sous la lune, on retrouve les personnages dans une nouvelle aventure, qui fait cette fois la part belle aux souris Polka et Hortense. Un beau matin très tôt, Polka la blanche vient réveiller son amie Hortense la grise. C’est le grand jour pour l’ascension de la Grande Montagne. « Personne n’est jamais monté au sommet, par peur de tomber de l’autre côté – côté rien – et de disparaitre de la carte". Mais Hortense n’est plus si courageuse, maintenant qu’il faut passer à l’acte. Son cœur bat la chamade. Courage ! Polka, blessée en chemin, se doit d’arrêter, et c’est Hortense qui tient à présent à relever le défi.

 

Une belle histoire d’amitié, qui aide à trouver le courage de surmonter ses peurs, pour aller au bout du voyage et admirer le paysage. Mais la beauté, c’est encore mieux quand on la partage avec des amis chers, et Edmond l’écureuil a répondu présent.

Une belle histoire de confiance aussi, confiance en soi, confiance en ses amis, d’entraide et de partage, et de beaux paysages colorés emplis de fleurs que l’illustrateur nous nomme en pages liminaires. De magnifiques illustrations pleines pages et une suprebe utilisation des couleurs, j’adore !

 

(un album pour les 4-7 ans)

 

Nathan, septembre 2014, prix : 10 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Marc Boutavant et éd. Nathan

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La vie étonnante d’Ellis Spencer – Justine Augier

14 Septembre 2014, 16:41pm

Publié par Laure

En Naol (c’est le nom d’un pays), dans un futur indéterminé mais qui pourrait être assez proche, le rêve et le doute sont devenus interdits, tout comme les livres que certains collectionnent toutefois en secret. La population doit obligatoirement être hyperactive. Les enfants chétifs ou repérés comme faibles causent immédiatement l’inquiétude de leurs parents, et catalogués comme « enfants à problèmes », ils intègrent l’Académie du Succès dans l’espoir de rentrer dans le rang.

 

Ellis Spencer, 11 ans presque 12, est une de ces enfants « pas comme les autres », qui trouve encore une évasion personnelle dans la lecture des ouvrages de la bibliothèque secrète de ses parents.

Dans une société où il faut absolument être dans la norme, pourra-t-elle revendiquer et assumer sa différence, sa personnalité, et sa rébellion contre l’ordre établi ? Elle découvre aussi un réseau de résistance dans lequel elle s’investit.

 

Roman d’anticipation qui reflète tout de même bien une certaine évolution de notre société (performance, rentabilité, sur-importance donnée au spectacle et aux shows de télévision superficiels, …), j’ai énormément peiné à y entrer. Je ne crois d’ailleurs pas avoir réussi à apprécier ce texte, que j’ai trouvé souvent maladroit, confus, et peu intéressant (ou insuffisamment développé), sur un thème très à la mode pourtant en littérature jeunesse, cf. le succès cinématographique qui retentit a posteriori sur la version romanesque de Divergente, qui traite peu ou prou des mêmes thèmes : affirmer sa différence, lutter contre une autorité despotique, etc.

 

Ce roman faisant partie de la sélection 2015 du Prix des Lecteurs 13-16 ans du département, je me suis forcée à le finir (conscience professionnelle toussa toussa) mais je ne réussirai pas à le défendre tant j'ai failli passer à autre chose un grand nombre de fois.

 

p. 19 : « Mon père sait toujours où me retrouver parce que j'ai au creux du bras droit (comme tous les enfants du pays) une petite puce sous-cutanée qui transmet mes données (position, température, tension, rythme cardiaque) vers les micro-tablettes de mes parents. »

 

Ce n'est presque plus de la science-fiction puisqu'une chaîne française de prêt-à-porter vient de mettre en vente des blousons pour enfants avec traceurs GPS, les sales mômes ne daignant pas répondre aux trop nombreux appels de leurs parents sur leur smartphone.

Elle est pas belle la vie ?

 

 

 

 

Actes Sud junior, avril 2014, 141 pages, prix : 12,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Jeanne Detallante et éd. Actes Sud junior

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Instants nomades – Catherine Matausch (photographies) et Stéphane Beau (textes)

11 Septembre 2014, 09:19am

Publié par Laure

(Préface d'Eric-Emmanuel Schmitt)

 

Catherine Matausch est journaliste, aux commandes du JT du week-end sur France 3, mais j’ignorais qu’elle était aussi artiste (peintures, pastels, photographies). Stéphane Beau est le fondateur d’une revue disparue, Le Grognard, mais aussi romancier (j’avais beaucoup aimé Les en dehors, en 2011.) 

 

 

Instants nomades est un recueil de photographies de Catherine Matausch, prises à l’Iphone, accompagnées chacune de quelques lignes poétiques de Stéphane Beau. L’ouvrage est soigné, la mise en page parfaite (page de gauche, photo encadrée de noir, page de droite, court poème ou aphorisme et pagination soulignée à hauteur du cadre de gauche, c’est harmonieux et sobre.

 

Comment parler de photographies quand on n’y connait strictement rien, pas plus en vocabulaire adéquat qu’en technique ? À part dire j’aime ou pas, j’y suis sensible ou pas… Ce qui m’a frappée d’emblée en feuilletant ce livre la première fois, c’est l’aspect « trafiqué » : aucune photo n’est naturelle, toutes, en noir et blanc, me semblent passées à l’artifice d’un filtre Instagram. Le résultat peut être surprenant sur certaines photos, de même que les photos floues (très floues pour certaines, interpellent : pourquoi ce choix ? qu’a voulu transmettre l’artiste ?)

Hormis un grand nombre de photos de bord de mer, de plages ou de bateaux, il n’y a pas forcément d’unité qui ressort au premier abord. Pourquoi ce chat de dos, cet escalier, cette forêt… « Instants nomades » dit le titre, c’est justement cet éclectisme qui fait l’unité.

 

Si je ne sais pas parler des photos (je ne sais peut-être pas le faire des textes non plus !), j’ai néanmoins été bien plus sensible à ceux-ci. Et ils éclairent, d’un regard subjectif, la photo placée en regard. Certains font sourire, pencher la tête d’un mouvement d’approbation, reconsidérer l’image, oui c’est vrai, peut-être, pourquoi pas.

J’aime tout particulièrement ceux-ci (mais je pourrais en citer tant d’autres !) :

 

« Elle aimait se baigner

Au jour mourant

Dans les flots en fusion

 

Moi quand elle revenait

Lasse et salée

Se blottir sur mon cœur

Je cueillais sur son corps

Des éclats de soleil »

 

Ou encore

 

« Le flou artistique

Est une invention

De myope

Mégalomane »

 

Et l’on se surprend à reprendre l’ouvrage, à s’arrêter à nouveau sur une photo, un texte, s’arrêter justement, le temps d’un instant, contempler la vie qu’on ne prend plus le temps de voir. Des instants apaisés, même dans la trivialité de certaines photos (finir par un cliché de toilettes ?)

 

Si vous en avez l’occasion, prenez le temps de vous arrêter sur cet ouvrage. Ma fille qui passait par là, depuis longtemps résignée aux piles de livres qui trainent partout dans la maison, a stoppé son geste le temps de dire : « oh, il est beau ton livre ». Celui-ci l’a arrêtée ; pas les autres.

 

En savoir plus sur le site ce petit éditeur nantais et voir quelques photos : ici

 

éd. du petit véhicule, juillet 2014, ISBN 978-2-84273-953-9, prix : 20 €

Livre relié à la chinoise, Illustré en couleur, 113 p., 21 X 21 cm

 

Etoiles :

 

Crédit photo couverture : © Catherine Matausch et éd. du petit véhicule.

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Sauf quand on les aime - Frédérique Martin

8 Septembre 2014, 20:05pm

Publié par Laure

J'avais beaucoup aimé le précédent roman de Frédérique Martin, le vase où meurt cette verveine

Je suis restée hélas un peu plus à distance de ce nouvel opus, regardant de loin ces petits jeunes s'agiter sans qu'ils parviennent à me toucher ou m'intéresser.

 

Certes la scène d'ouverture est très forte et très actuelle, une jeune fille se fait agresser dans le métro sous le regard vide des autres voyageurs. Seule une femme osera réagir et s'interposer. Claire, elle, s'en veut de sa peur et de sa lâcheté, et pour se rattraper, aborde Tisha, la victime, et lui propose de venir chez elle, ou plutôt chez eux. A partir de là, on a beau mélange de « Ensemble c'est tout » façon « auberge espagnole », avec une bonne dose de« et puis Paulette ». C'est un peu trop vu, trop gentil, trop dans l'air du temps, réparons nos blessures tous ensemble, cessons l'égoïsme, aimons-nous les uns les autres sans oublier nos vieux.

 

Kader, Claire, Juliette, et Monsieur Bréhel ont tous des bleus à l'âme et le besoin d'aimer et d'être aimés. L'amour, l'amitié, de beaux sentiments qui s'entrecroisent dans l'errance d'une jeunesse qui se trouve. C'est la violence annoncée en quatrième de couverture qui m'a fait persévérer et finir le roman : de nouvelles scènes brutales heurtent les personnages pour mieux les rapprocher. Oui... mais ça reste un peu trop idéaliste et joue un peu trop sur les bons sentiments. A la crudité de la réalité, de beaux espoirs...

 

Belfond, août 2014, 221 pages, prix : 21 €

Étoiles :

Crédit photo couverture : © Emile Loreaux / Picturetank et éd. Belfond.

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Mon année Salinger – Joanna Smith Rakoff

30 Août 2014, 06:07am

Publié par Laure

p. 70 : « C'est l'acte d'écrire qui fait de toi un écrivain, m'avait-il expliqué. Si tu te lèves pour écrire tous les matins, alors tu es écrivain. ça n'a rien à voir avec la publication. Ça, c'est juste du commerce. »

 

 

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Esther Ménévis

 

En 1996, Joanna (l'auteur elle-même, il s'agit d'un récit autobiographique) termine tout juste ses études de lettres lorsqu'elle se fait embaucher comme assistante dans une Agence sur Madison Avenue à New-York, Agence chargée de l'accompagnement et de la rédaction des contrats des auteurs (le métier d'agent littéraire, s'il est assez couru à l'étranger, est encore rare en France où tout se négocie généralement au sein de la maison d'édition)

 

Joanna, encore jeune et timide, essaie de bien faire et de satisfaire tous les desiderata de sa patronne. L'essentiel de sa tâche consiste à taper des courriers sur une machine à écrire, à partir du magnétophone confié par sa patronne, et de respecter la sacro-sainte règle : ne jamais divulguer les coordonnées de Jerry. Qui est donc ce mystérieux Jerry qui intrigue bien Joanna ? Il s'agit du célèbre J.D. Salinger. Son aura d'auteur fuyant tout contact et vivant reclus est ici largement cultivée.

 

Plusieurs choses m'ont étonnée dans ce récit : son époque d'abord. Tous dans les descriptions et matériels laisse à penser qu'on est dans un décor suranné des années 60, or non, l'époque est dévoilée plus loin : on est bien à la fin des années 90, c'est juste que l'Agence qui emploie Joanna n'est pas à la pointe de l'informatique ! Il n'empêche, que de tâches répétitives inutiles quand on y songe ! Mais c'est ce qui contribue bien sûr à l'atmosphère (et au charme?) du roman. Son caractère autobiographique ensuite : j'aurais préféré sans doute un roman, car si le récit est plaisant, j'ai trouvé morne malgré tout le relationnel de Joanna avec son petit copain, avec ses collègues, …

 

Roman de passage à l'âge adulte, où l'auteur affirme ses choix et ses envies, face à ses parents, son amoureux, son travail, et où sa découverte des romans et nouvelles de Salinger, si elle joue une part importante dans sa vie, reste anecdotique dans le récit et sert surtout à entretenir la légende.

 

Une lecture en demi teinte, agréable mais sans plus.

 

 

Albin Michel, septembre 2014, 346 pages, prix : 20,90 €

étoiles :

Crédit photo couverture : © Ed. Albin Michel

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Molière à la campagne - Emmanuelle Delacomptée

26 Août 2014, 13:28pm

Publié par Laure

Le récit d’une jeune enseignante, tout au long de son année de stage, entre la classe de 4ème dont elle a la charge en français, et la formation à l’IUFM (qui a changé de nom depuis).

Tout juste lauréate de concours, sans permis de conduire et donc sans voiture, la jeune femme, citadine francilienne, est nommée professeur stagiaire au fin fond de la Normandie. On peut y voir, au départ notamment, avec un renversement sur la fin, une légère condescendance dans son approche du territoire rural.

2 aspects principaux dans ce récit : la vacuité culturelle et éducative des élèves, (et rien à voir avec la campagne, les comportements et discours décrits sont les mêmes que ceux de banlieue ou de n’importe où en France !) Le niveau est affolant, mais elle s’attache à ses bougres et tente de faire de son mieux pour ne pas les noyer davantage. Deuxième aspect : la formation initiale et pratique des enseignants : une calamité jargonnante qui ne les prépare en rien à la réalité du terrain, mais à un point tel que c’en est sidérant.

 

Un énième récit sur la difficulté du métier d’enseignant ? Celui-ci vise plutôt à démontrer l’inadéquation de la formation des professeurs, qui s’ils ont un excellent bagage universitaire dans leur discipline, restent démunis en pratique face à l’agressivité, au manque de respect, au désintérêt des élèves, etc.

 

On pourra reprocher à l’ouvrage de ne voir que le noir (ou alors tout est noir ?) : par exemple, il n’y a jamais 100 % de cancres petits caïds dans une classe, or dans le récit, on n’en est pas loin (un seul bon élève anxieux apparaît de temps en temps). De même côté formation, il ne doit quand même pas y avoir que des tuteurs dépressifs et des profs qui remplacent systématiquement le mot « parents » par « géniteurs d’apprenants » sous prétexte qu’il faut théoriser ?

 

Propos ordinaires de jeunes enseignants :

p. 64 : « - Je voudrais savoir comment faire lire des élèves qui écoutent Skyrock à longueur de journée.

- Pendant que j’essaie de les intéresser à la Princesse de Clèves, ils préfèrent feuilleter Closer sous les tables…, renchérit Alexandre discrètement.

- Et moi j’enseigne le latin, se plaint Romain. Ça suppose d’avoir envie de connaître les cas grammaticaux, Tacite, Tite-Live ou Pline le Jeune, de s’intéresser aux guerres puniques ou aux rois étrusques ! L’autre jour un élève a confondu Hannibal, l’allié des Carthaginois, avec Hannibal Lecter : il pensait qu’il dévorait ses adversaires ! »

 

L’enjeu de cette année de stage pour l’enseignant est la titularisation : bienvenue dans le grand bain, redoublement pour se donner un peu plus de temps et s’aguerrir, ou démission pour certains.

L’année des désillusions ou l’envie de se battre pour transmettre un savoir, a minima.

 

Conclusion réaliste de l’inspecteur, p. 257-258 :

« - Allez, allez, vous faites dans les sentiments, c’est très gentil, mais ne soyons pas naïfs… Ils ne se sentent pas concernés par tout ça, vos élèves. Je ne sais pas ce qu’ils deviendront, mais il faut leur souhaiter bonne chance. C’est beaucoup plus facile pour les fils d’avocats, de sénateurs ou d’enseignants. Ils sont tranquilles eux… Mais les petits gamins comme ceux que vous aviez cette année, c’est pas nous qui changerons leur destin.

            Devant mon air interloqué, Fernand reprend, un ton plus bas :

- Je ne dis pas qu’on n’essaie pas, attention ! Mais entre nous, on n’y arrive pas… Vous le voyez bien, vous n’êtes pas dupe quand même… ? Qui l’ignore encore ? ça fait quarante ans que je travaille dans le système… C’est devenu trop lourd, trop immobile tout ça… On manque d’audace pour faire des changements de fond qui ne plaisent pas à tout le monde ! Alors on joue aux savants, on utilise des mots compliqués pour donner l’impression qu’on maîtrise… On invente des petites réformes qui font de mal à personne… Et pendant ce temps, le niveau dégringole… Alors on gonfle les notes pour que ça se remarque pas trop. Vous avez bien vu avec vos élèves ? ça y est, c’est fini, la plupart des portes sont fermées ! Ils ne feront pas ce qu’ils veulent… C’est comme ça… Enfin, il faut garder de l’espoir, vous commencez le métier, me dit-il en se redressant soudainement. J’espère que je ne vous démotive pas trop. Ce n’est pas le but… Bonne chance pour la suite, mademoiselle, conclut-il en me serrant la main. Battez-vous comme vous pouvez. […] »

 

Des propos lucides. En tout cas qui correspondent pile à ce que je vois avec mes 4ème (je ne suis pas enseignante mais j’interviens en collaboration avec les enseignants de français et les profs-doc sur certains projets en littérature jeunesse)

Je n’ouvre pas le débat, il est quasi sans fin et toujours passionné. Parce qu’on a tous été élèves, qu’on est souvent parent d’élèves. On a tous un avis sur l’éducation à la française, les modèles d’autres pays, la société, etc. D’ailleurs, à peine ce livre refermé, on a débattu pendant une heure avec mes enfants. Ça n’a pas été reposant, mais c’est sans doute le point de départ évident de ce livre : discuter ! Critiquer, défendre ses idées, souhaiter des solutions. Mais c’est pas en changeant de ministre tous les 6 mois avec une réformette pour chacun qu’on y arrivera…

 

 

 

Flammarion, août 2014, 263 pages, prix : 16,50 €

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Crédit photo couverture : © éd. JC Lattès           

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